26 juin, 2007

Les rues de Paris




Mon beau voyage
boucle du monde à la ceinture
a kind of blue
l’Orient-Express Paname-La Courneuve-Aubervilliers
on pleure à coups de lacrymos
dans les ghettos
de mes errances

Ailleurs Versailles
mes nobles fantômes vont au bal
galerie des monstres
et les sorcières de Mouffetard
jouent un opéra-bouffe dans ma tête
cosi fan tutte oui l’ami
le soir dans les guinguettes

Alors direction les Champs de Mars
où je fais les grands invalides
j’ai du fer moi plein les poumons
messieurs mesdames
oubliez donc la Tour Eiffel
oubliez-la elle est si belle
parfois même je crois l’entendre

Crier son nom
à décrocher les astres
à briser les miroirs
et se prendre le silence en pleine gueule
porte ouverte sur
rien
à peine un mort

Ton amour inachevé
la vie c’est autre chose
plan large sur la ville et toi mon cœur
aux frontons des usines
un écran de fumée
brume à quai
pourquoi se battre encore

Balzac Hugo Verlaine
où êtes-vous
les rues de Paris se souviennent

J’ai trouvé pour pas cher aux Puces
une vieille édition trouée
sous trois bas de laine
et un gibus
j’ai trouvé The Murders in the rue Morgue
et sur la première page à l’encre
Pour Adèle, avec tout mon amour.

Barbara elle danse encore
dans le café dit de Brest
à l’angle de Legendre et Nollet
pour de gros pêcheurs sans voilier
sans le poisson et sans le sou
qui se sont noyés dans la graisse
et les ptites poires de Jeanlou

Moi je navigue sous les ponts
Mirabeau Royal Bir-Hakeim
en cherchant
quoi le sais-je bien moi-même
un geste une odeur un nom
mais les visages chaque nuit
sont gris comme est grise la Seine

Et la chanson recommence
moi qui m’étais juré
un jour de dîner au Fouquet’s
de promener mon mal de vivre
en limousine
à fumer des Cohiba des Bolivar
on n’apprend donc jamais

Ton amour inachevé
la vie c’est autre chose
plan large sur la ville et toi mon cœur
aux frontons des usines
un écran de fumée
brume à quai
pourquoi se battre encore

Baudelaire Michaux Prévert
où êtes-vous
les rues de Paris se souviennent

30 mai, 2007

En diagonale

                          (Pour Anaïs)

D’une main prendre en soi le soleil
           et partir
les yeux noirs de lumière
le ciel en ceinturon
par-devant nous bien haut le foc ivre de vent
           ô ferveur
           légèreté
des idées qui comme poussières voltigent
           à contre-jour à
           contre-temps

Loin, loin de nous les champs de cathédrales !
     les funèbres offices ! les cités-fourmilières !
Loin de nous les Gisants, les Doctes et les Sombres !
     les Broyeurs de papier !
Place au grand carnaval et faisons fi des masques !

Alors plus de visages mais
           des trous
           bien creux
           bien vides
qui font bonne figure
           des trous
           des clous
ceux du cercueil où gisent
les belles intentions
les gestes si gracieux
de vos compatissantes

                            Ah !
           que de trous
sur les cous haut perchés !
sous les chapeaux melons !

D’une main prendre en soi le soleil
           et désir
désir d’empaqueter nos creux et nos contraires
dans la même enveloppe
scellée de nos salives
pour voyager entiers sur le flot d’un langage
           étrange
           et familier
qui comme le sang cogne
aux fenêtres du corps

Loin, loin de nous nos petites morts vaines !
     Crevons tous en cadence et comme des baudruches
que notre dernier souffle soit notre seul moteur !
     Strions les cieux trop calmes d’un zigzag féroce !

Un jour on ne peut plus
           c’est vrai
survivre en diagonale
en fuyant ses travers

           Tu as
pour visage un gros trou
           brûlot
qui parsème de cendre les pages
et jusqu’à l’ossature
           du poème
où l’or se change en plomb

Un jour on ne peut plus
           c’est vrai
Sauf à



                     d’une main prendre en soi le soleil
                            et mourir
                     pour y renaître encore.


21 mai, 2007

Départ




J’avance envers et contre tout, j’avance envers et contre toi. J’ignore s’il fait un temps de temps. Je ne sais pas même si tant s’en faut. J’avance, et je louvoie - je sais. Puis-je te dire vous ? Car c’est toujours à rebours que l’on aime. Vous dirai-je à nouveau ce qui est devant moi : le mur et son ombre infinie, comme une mer secrète. J’avance encore ; je sais qu’il faut s’y perdre.

Il y a soudain les branches d’un grand arbre entre la nuit et nous. Noires et tourmentées - c’est de la peau de nègre, qui sent bon. Le fruit s’en détache et monte jusqu’à ce qu’il accroche un coin de ciel. Une étoile ? Un ver à soie ?

Espoir.

L’enfant s’appelle Espoir. Il dormait sous une grosse racine quand je suis passé, puis s’est levé, m’a regardé, et m’a suivi. Il n’a pas l’habitude de fermer la marche.

J’avance envers et contre tout. Contre toi, contre l’enfant, contre l’arbre et contre un mur. C’est comme ça. Ne me demandez pas. J’avance, et je tutoie - je nais. Puis-je vous dire oui? Car c’est toujours en amour que l’on peine.


18 mai, 2007

Tristesse blanche



Il neige dans tes yeux c’est la saison trop froide
Montréal est déserte presqu’île de mon cœur
plus loin le fleuve pris dans son étau de glace
compte les patineurs

Il neige sur ta bouche on a salé les routes
pour sauver le chemin du gel et si l’on pleure
c’est que le vent sans doute accroche les paupières
un geai prend son envol

Il neige sur tes seins oiseau de mon bonheur
ton souffle dans le givre et ma soif infinie
quand le sang monte aux joues pour un accès de fièvre
pour un excès de vie

Il neige dans tes mains si tu fermes les yeux
si ta bouche est tremblante et tes seins dévêtus
il neige dans tes mains il neige sous ta peau
ma peine est si légère

                                          l’hiver n’en finit plus

Plage



et déjà l’océan
rythme en vain nos absences
quelque part une plage
ses goélands féroces
des galets sans arêtes
un loup noir qui se baigne
l’océan dans la ville et son écume
aux lèvres
la folie des erreurs
sur les ombres plurielles
d’un midi
qui revient
dans les pupilles froides
comme des galets sobres
le choc d’une autre lune contre sa marée
basse
la plage de l’enfance
ses crânes de mouton
son limon
et déjà l’océan dans le ciel
à traîner
la brisure d’une aile
quelque part un loup noir
qui se baigne
dévore mais en vain
nos absences


Ingrédients véritables d'un désodorisant grand public


Isobutane cyclopen-
tasiloxane isopropyl
palmilate
aluminium chlorohydrate par-
fum fragrance triethyl
citrate stearalkonium bentonite géraniol
linalool limonène citronellol…

Hexyl.

Cinnamal benzyl sa-
licycate :

                       (F.I.L. C24559/1)


Le soldat



Quand je marche vers toi
quand je marche vers toi j'oublie de respirer
mais la mort a déjà quelque chose de toi
ton parfum ton grain de peau peut-être qu'en sais-je ta misère
et mon sang tape dur ce féroce soldat

l'écume monte aux lèvres quand je marche vers toi
j'apprends la mer à boire et chantent les sirènes
qui vont par deux toujours dans leur jardin funèbre
où les marins se noient
le voyage est si long dans tes sables mouvants

quand je marche vers toi en pays adultère
les grands chênes se plient sur mon chemin tracé
les cygnes maladroits m'offrent des fruits d'argent
et le ciel qui descend
un palais de cristal

c'est pour que je renonce quand je marche vers toi
mais le cristal se brise et tous les fruits pourrissent
seul mon sang ne ment pas qui tape dur encore
une mer sombre et lente oui mon sang qui sait bien
que lui seul te ressemble

quand je marche vers toi.

20 août, 2006

Fou Zéphyr



Je me tiens au milieu d'îles gigantesques,
je me tiens près d'elle qui grandit, qui grandit sans mesure,
et qui s'envole enfin, éclaboussant le ciel ! fendant tout un carcan de nuages !
et je ne me tiens plus, je fonds, je diminue, me dissous, m'écrase, et
suis emporté dans un lourd vent d'orage métamorphosé...

les hippocampes hennissent, terribles crinières, qui d'
absolu réclament les fées, les fées mères, les génitrices, tout ça dans un immense, un
fantastique, un, un, un retentissant éternuement secouant chaque grain du cosmos ! Désordre alors le
tout dans si malmené que fou zéphyr, est ce règne.

A l'envers de ma tête se fourchent des mystères
où les créatures sont des
cerfs de Norvège, des Bengale tigrés, des
sabres faits de faux éclats de
verre. Et qui dansent, dansent
- ces tangos linéaires !
- ces boléros violés !

29 juin, 2006

Aubes


Le soleil s’étirait sur fond de ciel mousseux, c’était un matin froid
d’octobre ou de novembre je crois
que depuis toutes les aubes se ressemblent : un alcool clair noyant peu à peu les étoiles dans son étourdissement, embrasé par quelque éclat d’originel silex
ardemment travaillé.
Sa lumière soulevait
la poussière
à travers les carreaux de la chambre où notre lit voguait, tant bien
que c’était toi mon port, mon havre, mon
tendre abri, ou
plutôt c’était ton corps écartelé, aux quatre vents, ancré dans la tempête parmi les algues amères de tes cheveux blonds, malmené de plaisirs lancinants comme des vagues.
Et le désir
montait
montait
et fier tel un drapeau arraché à la berne
gonflait, claquait, sifflait
dans nos vieux cœurs de loups de mer, nos cœurs bouffis de sel et rompus du roulis sec des flots, des flots mortellement monotones,
toute la
nuit
à se dévorer. A se jeter des sorts. Tant que l’obscurité régnait.
Toute la
nuit
dans ce bagne de chair, cet exil de langues, de doigts, de sexes, dans ce trou de volupté, cuisses, aines, hanches, lèvres, ô nombril ! dans ce refuge noir… mais
le soleil s’étirait sur fond de ciel mousseux, c’était un matin froid
d’octobre ou de novembre je crois
que depuis toutes les aubes se ressemblent.

21 mai, 2006

Pastorale pour Ève



Légère à l’idée blanche sur
l’imperceptible brise :
elle une asymétrie, un concerto pour ailes -
elle engendre l’ellipse, lèvres closes sur pose
aquarelle.

Légère, une touche au soleil,
lumière en faisceau - prisme à l’œil
myosotis, elle corolle en
tons, le clair de canopée - elle, et fleurs.

Légère, un safran pâle au corps, coiffe
comme miroir au ciel
- ce rire suspendu - et cette voix
de miel : légère, et qui pourrit
sous l’arbre défendu.