Le soleil s’étirait sur fond de ciel mousseux, c’était un matin froid
d’octobre ou de novembre je crois
que depuis toutes les aubes se ressemblent : un alcool clair noyant peu à peu les étoiles dans son étourdissement, embrasé par quelque éclat d’originel silex
ardemment travaillé.
Sa lumière soulevait
la poussière
à travers les carreaux de la chambre où notre lit voguait, tant bien
que c’était toi mon port, mon havre, mon
tendre abri, ou
plutôt c’était ton corps écartelé, aux quatre vents, ancré dans la tempête parmi les algues amères de tes cheveux blonds, malmené de plaisirs lancinants comme des vagues.
Et le désir
montait
montait
et fier tel un drapeau arraché à la berne
gonflait, claquait, sifflait
dans nos vieux cœurs de loups de mer, nos cœurs bouffis de sel et rompus du roulis sec des flots, des flots mortellement monotones,
toute la
nuit
à se dévorer. A se jeter des sorts. Tant que l’obscurité régnait.
Toute la
nuit
dans ce bagne de chair, cet exil de langues, de doigts, de sexes, dans ce trou de volupté, cuisses, aines, hanches, lèvres, ô nombril ! dans ce refuge noir… mais
le soleil s’étirait sur fond de ciel mousseux, c’était un matin froid
d’octobre ou de novembre je crois
que depuis toutes les aubes se ressemblent.

3 commentaires:
"embrasé par quelque éclat d’originel silex", "nos cœurs bouffis de sel et rompus du roulis sec des flots" - il faudrait citer encore bien des passages qui m'enchantent, Milo ! J'aime que tu fasses claquer les mots et les images...
Lionel-Edouard
Je parcourais les pages du site de notre ami Lionel-Edouard quand je tombe sur un commentaire signé de ta souris. Intriguée, je me rappelle tout à coup que tu avais fait, en effet, la connaissance de ce dernier.
Etranges liens, n'est-ce pas, qui se tissent intra-net. Etrange et surprenant, la manière dont ton fil poétique s'est ourdi - et même s'étourdit - dans les phrases prenant de l'âge. Que tout cela semble loin. Et que ton talent a pris du souffle, de l'envergure, albatros normand - ou définitivement parisien ? -
A ces soirées d'il y a quelques années trempées de mots.
- tout en espérant que la signature te fera deviner mon imposture -
Etranges liens, en effets. Mais bien agréables... Crois-le ou non, mais cela fait longtemps que je voulais avoir de tes nouvelles.
J'espère que tout va bien pour toi, chère (ex)-apprentie. Tu as toutes les amitiés du dindon normand que je suis - eh oui, Paris est belle, mais j'ai la peau dure et la campagne aura toujours, je pense, un avantage certain.
Bien à toi.
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